La Bretèche : immersion dans la dernière tuilerie artisanale de Sologne

jeu 13 Fév 2025

La Sologne est trop souvent réduite à ses étangs et ses forêts. Cette région secrète au visage plutôt discret est également effacée au profit de ses illustres voisins : les châteaux de la Loire. C’est pourtant une très ancienne province française fourmillant d’énergies créatives et d’artisans qui perpétuent des traditions souvent centenaires. C’est le cas d’Aymeric, que j’ai eu la chance de rencontrer à la tuilerie de la Bretèche, près du petit village de Villeny. C’est son aïeul qui a créé cette tuilerie en 1890. Je vous emmène à la découverte de ce patrimoine transmis de génération en génération et porteur d’un savoir-faire unique en France.

Du sable à la brique : l’art ancestral de façonner la terre

Lorsque l’on pénètre à l’intérieur de la tuilerie, on est d’abord saisi par la taille de l’endroit. Au milieu de la cour trône un ancien four en briques et derrière lui, une flopée de vieux entrepôts noircis, desquels émanent des odeurs de feu de bois. Au cœur de la vieille briqueterie, c’est tout un rituel qui s’opère sous mes yeux. Un mélange de gestes ancestraux et de techniques exhumées du passé, que des ouvriers d’exception redécouvrent avec patience et maîtrise.

A la rencontre d'Aymeric, héritier de la tuilerie de la Bréteche.

Aymeric m’attend à la porte, nous débutons la visite de cette exploitation familiale dont il est l’héritier, 5ème du nom. « Alors là, ce sont les carreaux du château de Chaumont-sur-Loire, c’est la réplique à l’identique de carreaux Loebnitz », me raconte-t-il en saisissant dans sa main une pièce richement manufacturée.

Il m’explique que sa fabrication débute par l’étirement d’un carreau. Ensuite, une ébauche va être pressée à l’aide d’une empreinte sculptée dans le buis, créant de fines perforations que l’on remplit d’émaux. « L’ensemble est ensuite lissé, puis cuit à 1150 degrés, pour que les émaux fondent parfaitement et se fixent là où ils doivent figurer », ajoute-t-il. C’est un travail qui allie minutie et passion, le seul qui permette de retrouver et de perpétuer des techniques d’antan, aux antipodes des procédés industriels modernes.

Découvrez les savoir-faire de Sologne

Tuilerie de la Bretèche : un savoir-faire familial aujourd’hui presque disparu

La Tuilerie de la Bretèche, c’est avant tout l’histoire d’un clan. Aymeric est la cinquième génération de cette famille d’artisans qui porte haut les couleurs de la région. Il tient aujourd’hui les rênes d’une entreprise artisanale qui a vu le jour à une époque où la Sologne regorgeait de tuileries. Il y en avait autrefois 450. Aujourd’hui, il n’existe plus que celle de la Bretèche.

« Comme grand-père disait, quand on naît les pieds dans l’argile, on reste collé », confie Aymeric. Cette phrase résume à elle seule son attachement profond à son métier, à sa région et à son histoire familiale. La visite des lieux est égrainée de souvenirs d’une enfance passée entre carrière et chantiers, à bord des wagonnets qui transportaient autrefois le sable jusqu’à l’atelier. Ou bien ce jour où Aymeric, encore petit garçon, avait gravi 4 à 4 les vieilles marches en bois de la chocolaterie Meunier de Noisiel.

Classée aux monuments historiques, la tuilerie est aussi le témoin vivant d’un savoir-faire solognot multiséculaire. Le four à bois utilisé pour la cuisson des briques et des carreaux, érigé en 1953, est encore en fonction et constitue une pièce maîtresse de cette briqueterie traditionnelle.

Visite de la tuilerie de ka Beteche en Sologne

Fabrication de brique dans une tuilerie de sologne

Précision des gestes et briques remplies d’histoires

C’est Emmanuel de Baudus, l’arrière-arrière-grand-père d’Aymeric, qui a fondé la tuilerie de la Bretèche en 1890 sur une veine d’argile. A la différence des autres briqueterie de la région, qui était souvent éphémère et vivait le temps de la construction d’un château, d’une église ou d’un édifice, celle-ci a perduré à travers les siècles.

Partout où porte mon regard, la brique me raconte une histoire, celle d’un terroir façonné par l’argile, l’eau de la Loire et le feu du four à bois. Dans l’atelier, résonne le roulement régulier des machines, théâtre d’une chorégraphie parfaitement codifiée, où chaque brique porte en elle l’empreinte de l’artisan qui l’a fabriquée.

A la rencontre des artisans solognots.

Pour obtenir un aspect vieilli et authentique, signature de la maison, les ouvriers de la tuilerie travaillent chaque pièce à la main, pour reproduire presque à l’identique les briques présentes dans les plus beaux monuments de France. « On vieillit une brique en jouant sur la texture de la pâte elle-même. Il faut que la pâte soit suffisamment molle. Et ensuite, on va la tremper dans du sable ou du chanvre par exemple ». Ces gestes minutieux, répétés jour après jour, année après année, permettent d’obtenir une brique fidèle aux techniques des anciens. Un art à la fois rare et délicat que cette poignée d’artisans sont presque les seuls à maîtriser encore.

La Bretèche a imprimé sa marque sur tous les monuments de France

Aujourd’hui, la fierté d’Aymeric, ce sont ses créations qui se retrouvent dans de nombreux châteaux, églises ou cathédrales qui dessinent le paysage national : Chambord, Chinon, Chaumont, Amboise, Villandry. « Il y a un petit peu ma marque imprimée dans plein de monuments très célèbres. Et parfois je me dis : ouh la la, mais il y a un moment où on va tous les avoir faits ! ».

Pour Aymeric, c’est avant tout le travail d’une équipe qui est récompensé. Derrière chaque brique se cache la signature d’une bande de passionnés, des artisans talentueux qui partagent la même passion et la même exigence de qualité. C’est ce respect du passé et cette volonté de perpétuer un art ancien qui font de la tuilerie de la Bretèche un lieu à part.

Pour Aymeric et les siens, la transmission de ces techniques artisanales est absolument capitale. La réintroduction de procédés anciens dans la restauration des bâtiments du XIXe et du début du XXe témoigne de la nécessité de faire perdurer ce savoir-faire qui, année après année, se perd. En redonnant vie à des gestes oubliés, Aymeric et son équipe garantissent la pérennité d’un patrimoine bâti, dans le respect de l’histoire et de l’identité des lieux qu’ils restaurent.

Briques en train de sécher à la tuilerie de la Bretèche.

Pourquoi trouve-t-on de la brique en Sologne ?

La Sologne est une région aux sols argilo-sableux qui a dû apprendre à utiliser ses ressources naturelles pour bâtir villages et châteaux. Privée de pierre, la brique est naturellement devenue le matériau de prédilection des bâtisseurs solognots. Dès le Moyen Âge, on l’utilisait dans l’ossature des maisons en colombage, le torchis servant de remplissage. On trouve donc dans tous les villages de Sologne des maisons en colombage et brique.

Plus tard au XIXe siècle, avec le développement des briqueteries et le reboisement de la Sologne fournissant un combustible abondant, la brique s’impose comme un véritable élément emblématique dans l’architecture rurale. Peu à peu, les maisons à colombages sont remplacées par des constructions entièrement en briques, donnant à la Sologne une identité architecturale propre et reconnaissable.

Apprendre les gestes ancestraux avec patiente et passion.

Suivez-moi en Sologne

Après le Val de Loire et le Berry, c’est en Sologne que je vous propose de me suivre cette année. Au fil des mois, je vous proposerai plusieurs immersions dans cette petite région historique, située à 2 heures au sud de Paris.

Itinéraires, bons plans, carnets de voyage et podcasts rythmeront ma découverte de la Sologne avec comme fil conducteur : des rencontres, des immersions en pleine nature et une bonne dose de savoir-faire.

Ces différents reportages sont le fruit d’une collaboration avec la marque Sologne. Mais tous les contenus publiés ici m’appartiennent et restent uniques. See you en Sologne !

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