Je suis arrivé en train à Cahors, ensuite pour découvrir la vallée du Lot, il faut emprunter un bus Lio qui dessert tous les villages de la vallée, notamment Bouziès et Saint Cirq Lapopie. On termine la balade à pied ou en navette durant la saison estivale. A la clef, la découverte d’une des plus belles cités médiévales de la région.
Cahors : point de départ de la première Route Mondiale
J’ai découvert Cahors un mercredi d’automne, jour de marché. Les étals emplis de légumes, de fromages et de spécialités locales s’étirent de part et d’autres du parvis de la cathédrale, jusqu’aux portes de la vieille halle aux grains. Pourtant, ce n’est pas seulement pour flâner que je suis ici : je suis venu remonter la première « Route Mondiale », inaugurée en 1950 au pied du pont Valentré, et qui conduit jusqu’à Figeac.


Cette route, pensée au sortir de la guerre, se voulait un chemin d’espérance. Et sur le long du chemin, un village où André Breton choisit de vivre pour ne plus jamais en repartir : Saint Cirq Lapopie.
Saint-Cirq, embrasée au feu de Bengale, m’est apparue comme une rose impossible dans la nuit. Depuis, j’ai cessé de me désirer ailleurs.
Ces mots, que Breton a laissés dans le livre d’or du village, résonnent encore ici.
C’est à Saint-Cirq, justement, que je retrouve Clément Gaësler, conservateur du Centre international du surréalisme et de la citoyenneté mondiale. Un espace artistique installé dans l’ancienne maison du poète et dans celle, mitoyenne, de Émile-Joseph Rignault. Ce n’est pas tout à fait un musée, plus tout à fait une maison non plus, mais peut-être un lieu où l’on défend une certaine idée de l’art comme vecteur d’émancipation, autant qu’une manière de voir le monde et de l’habiter.

Visite du Centre International de Surréalisme et de la Citoyenneté Mondiale
Marie-Christine Roy, artiste peintre installée d à Saint-Cirq et très proche amie d’Elisa Breton, la dernière compagne d’André Breton, m’accompagne dans la visite de la maison Émile-Joseph Rignault, cet ancien ensemble de bâtisses réunies par un collectionneur du début du XXᵉ siècle. Les pièces ouvrent sur des jardins en terrasses qui descendent vers le Lot. La vallée se déploie comme un amphithéâtre naturel et offre une panorama épiphanique sur la rivière du Lot, comme le décrit si bien Clément.

Clément raconte l’arrivée d’André Breton dans le Lot, à la faveur du mouvement de la citoyenneté mondiale, né après la guerre autour du pilote américain Gary Davis et d’anciens résistants. Pour Breton, le surréalisme n’a jamais été une simple aventure esthétique : c’était une manière de se tenir face au monde, contre la violence, contre l’absurde, contre l’assèchement de l’imagination.
Depuis la Première Guerre mondiale, le surréalisme s’oppose avec force, avec éclat, avec lyrisme à l’absurdité des conflits mondiaux.
Aujourd’hui encore, le Centre International du surréalisme et de la citoyenneté mondiale ne cherche pas simplement à témoigner de l’histoire d’un mouvement : il cherche à le faire vivre, à le faire pratiquer par le plus grand nombre. Ici, l’expérience importe plus que l’objet exposé.
Nous essayons d’inventer une maison de poèmes, un lieu où les gens qui lisent deviennent écrivains, et où les regardeurs deviennent artistes.
Marie-Christine me montre ses œuvres récentes. Elle me parle du dessin automatique, qu’elle pratique « comme une forme d’auto-hypnose ». Les lignes se posent avant d’être comprises, les formes apparaissent puis seulement se révèlent. Des silhouettes animales qui composent un véritable bestiaire reviennent régulièrement, dit-elle, sans qu’elle le décide. Elle termine un dessin, le regarde, et seulement là « elle voit ». Le geste précède la pensée. On est en plein cœur du surréalisme.

Saint-Cirq Lapopie : épicentre du surréalisme dans le Lot
Clément m’emmène à la découverte du village, par la porte de Rocamadour, c’est selon lui « la vue la plus magistrale de Saint-Cirq-Lapopie ». En traversant la porte, le paysage s’ouvre sur un vertige : le village accroché au-dessus du Lot et « qui se déploie un peu comme le corps d’un dragon à écailles rouge et ocre ». Clément ajoute que par cette porte, on peut presque entendre « tambour battant » l’arrivée des chevaliers. Selon lui, c’est probablement cette vision-là qui avait subjugué André Breton lorsqu’il découvrit le village.

Il me raconte aussi sa propre rencontre avec Saint-Cirq. Elle remonte à l’enfance, mais c’est pendant le confinement qu’elle s’est réactivée, par un rêve : des arches de pierre au bord de l’eau. En cherchant, il comprend qu’il rêve de Saint-Cirq. Il revient et fait presque par hasard la rencontre du président de l’association La Rose Impossible, point de départ d’une aventure humaine et artistique avec les bénévoles du Centre international du surréalisme et de la citoyenneté mondiale.
En pratique
L’exposition Les Trésors de Saint-Cirq-Lapopie est à découvrir jusqu’au 11 novembre au Centre international du surréalisme et de la citoyenneté mondiale. En attendant la réouverture de la Maison André Breton, il est toujours possible de venir rencontrer les membres de l’association au sein de la maison Émile Joseph-Rignault. Retrouvez toutes les informations sur le site internet du CISCM.

Pour préparer votre voyage, n’hésitez pas à visiter mon blog ou bien celui de l’office de tourisme Cahors Vallée du Lot. Vous y trouverez de nombreuses ressources pour organiser vos séjours et week-end dans la région.
Si vous aimez la vallée du Lot, restez connectés, car début décembre, je vous propose une nouvelle immersion sonore en forme de voyage dans le temps, à retrouver en podcast sur ma chaîne et sur mon blog bien entendu.
Cet épisode a été réalisé en collaboration avec l’office de tourisme Cahors Vallée du Lot et radio Clapas.


