Mémoires de l’esclavage en Guadeloupe : mieux comprendre l’histoire

Longtemp tue, longtemps enfouie, l’histoire de l’esclavage en Guadeloupe se partage enfin dans la Caraïbe, notamment depuis l’inauguration du Memorial Acte en 2015. En complément du dernier épisode de La France Baladeuse, j’ai eu envie de vous donner quelques clefs pour mieux comprendre cet épisode douloureux mais indissociable de l’histoire de la Guadeloupe.

Petite histoire de l’esclavage en Guadeloupe

L’histoire de la Guadeloupe est fortement liée à celle de l’esclavage. Dès 1641, soit 6 ans après la colonisation, les premiers africains débarquent sur l’île et le régime d’asservissement en Guadeloupe va durer plus de deux siècles.

Ils seront 60 la première année puis une centaine l’année suivante. Dès 1654 et l’arrivée des colons juifs hollandais, le nombre d’esclaves dans les îles de Guadeloupe augmente de manière exponentielle. En 1656, on en compte déjà 3000 pour environ 12000 colons. A la révolution française en 1789, l’île compte presque 90000 esclaves.

 

Aboli en 1794, l’esclavage est rétabli en Guadeloupe par Napoléon Bonaparte avec la loi du 30 Floréal de l’an X (20 mai 1802). Il sera finalement totalement aboli en 1848 par Victor Schœlcher. A savoir quand même que les propriétaires ont été, à l’époque, indemnisés pour la perte de leurs esclaves. Et les affranchis n’ont reçu aucun dédommagement, si ce n’est l’attribution d’un nouveau nom de famille qui empêche de retrouver toute filiation dans les arbres généalogiques, avant cette date…

Louis Delgrès : héros de la mémoire collective des Guadeloupéens

Louis Delgrès est l’auteur du cri du 10 mai 1802. Ce jour-là, une proclamation intitulée « A l’univers entier, le dernier cri de l’innocence et du désespoir » est affichée à Basse-Terre en Guadeloupe. Il a pour objet de proclamer la liberté universelle et d’en appeler aux valeurs de la République qui avait aboli l’esclavage par la loi du 16 pluviôse an II (1794). C’est donc cette date du 10 mai 1802 qui a été choisie pour rendre hommage aux victimes de la traite et de l’esclavage, et en commémorer son abolition.

Delgrès et ses compagnons avaient enrôlé une armée pour contribuer à maintenir la Guadeloupe sous le drapeau français et combattre contre les anglais. Ils sont animés par un idéal républicain puissant et ne peuvent accepter le retour de l’esclavage, 8 ans après son abolition.

Fils d’un fonctionnaire du Roi et d’une Martiniquaise, Delgrès avait 13 ans quand la Révolution éclate en France et 18 ans lors de la première abolition de l’esclavage. Se forge alors en lui une conviction : celle de défendre coûte que coûte les valeurs de la République et la liberté de tous les hommes et les femmes qui vivent sur les terres de la République.

Profondément anti-esclavagiste et abolitionniste, il devient le chef de la résistance contre les troupes du général Richepance, envoyées par Bonaparte pour rétablir l’esclavage en Guadeloupe. Il va mourir à 35 ans, avec 300 compagnons d’armes, faisant exploser son campement pour ne pas être fait prisonnier.

Le Memorial ACTe à Pointe-à-Pitre

Découvrir les lieux de mémoire de la Guadeloupe

Dans le dernier épisode du podcast, Joëlle Bah-Dralou me confiait que l’histoire de l’esclavage a longtemps était enfouie, parce que trop douloureuse. Mais cette mémoire se partage à nouveau, à travers un lieu devenu emblématique le Mémorial ACTe. Ouvert en 2015, ce centre d’expression et de mémoire propose une expérience immersive à la découverte de l’eclavage dans la Caraïbe et dans le monde.

Sur les îles de Guadeloupe, on retrouve également de nombreux autres sites de mémoire le long de la Route des Esclaves parmi lesquels : l’Habitation Vanibel, l’Habitation la Grivelière, le Fort Delgrès, le Musée Schœlcher ou encore le cimetière des Esclaves de Sainte-Marguerite.

Peu à peu, les guadeloupéens se réapproprient cette histoire à la fois collective, intime et familiale, puisqu’elle renvoie aux ancêtres et aux racines d’un peuple. D’habitation en forteresse, de musée en mémorial, de cimetière d’esclaves en monument commémoratif, les routes de la mémoire sont multiples et offrent un autre regard sur l’histoire des îles de Guadeloupe.

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