Fondée au XIIe siècle par le comte de Toulouse, l’ancienne forteresse de Lauzerte fut une riche cité commerçante, comme en témoignent ses nombreuses maisons de marchands aux façades cossues. Classée Plus Beau Village de France, un label qualitatif distinguant certains villages pour la qualité et l’entretien de leur patrimoine bâti, la cité est loin d’être une belle endormie. Ici on vit, on crée, on réinvente ! Lauzerte, sur son éperon perchée, possède tout : le charme médiéval, une place stratégique et des habitants attachants qui ont envie de donner un nouvel élan à leur village.
En passant par la place des Cornières
C’est Sandy, guide à l’office de tourisme, qui m’accompagne à la découverte de Lauzerte. Je la retrouve sur la place des Cornières, à deux pas du célèbre coin relevé, une œuvre insolite imaginée par le céramiste d’art Jacques Buchholtz. « Ce que j’aime ici, c’est que chaque pierre raconte quelque chose. Quand on marche dans Lauzerte, on marche sur l’histoire », me raconte-t-elle. Jusqu’aux années 1980, la place des Cornières accueillait encore un parking, avant de connaître un lifting profond qui vit le bitume remplacé par des pavés et les voitures, priées de rester garées à l’extérieur.

Je ne peux détacher mon regard des façades médiévales et des maisons à colombages qui enserrent la place des Cornières, bordée d’arcades en anse de panier sur trois de ses côtés. « Chaque arcade abritait un marchand, avec sa boutique juste derrière. On pouvait passer de stand en stand sans se mouiller, un peu comme dans une galerie marchande médiévale », m’explique Sandy. Évidemment, on ne peut pas manquer la très belle église St-Barthélemy, étape sur le chemin de Saint-Jacques de Compostelle. Mais ce qui attire mon œil à cet instant, c’est l’étonnant coin relevé, quatre tonnes et demie de béton armé, orné de petits carreaux de céramique. Aux quatre coins de la place résonnent aussi les rires et les voix des nombreuses terrasses qui la bordent : MPicurien, Le Puit du Jour, la Table des Trois Chevaliers ou le Café du Commerce.


Une ancienne cité marchande
Nous poursuivons la balade en direction de la Grand Rue, où les façades de plusieurs belles demeures nous racontent l’histoire du commerce à l’époque médiévale. « Les maisons de marchands, c’est vraiment typique du XIVᵉ siècle. Au rez-de-chaussée, une petite porte pour le logement, une grande pour la boutique. Mais on n’entrait jamais dans la boutique : les clients restaient dehors, devant l’étal ». Et en levant un peu la tête, on peut admirer des fenêtres géminées à colonnettes sculptées qui signalent la présence de propriétaires aisés. En descendant encore la Grand Rue, on rejoint le couvent des Sœurs Clarisse. Il date du XVIᵉ siècle et fut fondé par les dames de Mondenard. On y remarque des fenêtres à meneaux, richement travaillées. Après la Révolution, le couvent va devenir une gendarmerie jusqu’aux années 1970. D’ailleurs, durant longtemps, la rue s’appelera « rue de la Gendarmerie ».

Aux fondations du village : la promenade de l’Eveillé
Si tu viens à Lauzerte, tu dois faire un détour par la promenade de l’Eveillé, incroyable belvédère sur les paysages vallonnés du Quercy et véritable porte d’entrée dans l’histoire médiévale de Lauzerte. Ce nom “L’Eveillé” dérive de celui de la porte de l’Abbaye. Le B s’est transformé en V avec le temps : de l’Abeillé à l’Éveillé, c’est la porte d’où l’on veillait, tout simplement. Au Moyen-Âge, il n’y avait pas d’arbre, ce qui permettait de voir au loin. C’est également tout près d’ici que le comte de Toulouse, Raymond V, décide de bâtir son château à la fin du XIIe siècle. Aujourd’hui transformé en école primaire, il témoigne de l’origine du bourg médiéval.
C’est également depuis la promenade de l’Eveillé qu’on accède à la cave de la maison du Sénéchal. Il suffit de demander la clef à l’office de tourisme pour découvrir les entrailles de Lauzerte. « Sous chaque maison, il y a une cave. C’est simple : avant de construire, on creusait le rocher. On taillait la pierre pour bâtir au-dessus. Du coup, chaque maison repose sur sa propre carrière ! », me raconte Sandy en descendant les escaliers qui mènent aux sous-sol dans l’ancienne maison du juge. Pour une découverte complète des lieux, rendez-vous dans le dernier épisode du podcast La France Baladeuse, consacré à Lauzerte.

Quelques trésors bien gardés
Dans la salle du conseil de l’hôtel de ville se cache un trésor : la Charte de Coutume de Lauzerte, texte de loi médiéval, octroyé par Raymond VII en 1241, recopié au XIVe siècle. Il établit les droits et les devoirs des habitants. Le manuscrit original, en occitan, est aujourd’hui conservé aux archives départementales. Il décrit les lois et les mœurs du Moyen Âge, en vigueur dans le village de Lauzerte. On y détaille notamment les règles liées à l’impôt, mais aussi les condamnations en cas de relation sexuelle non consentie par exemple : « Si le coupable est d’un rang supérieur, il doit épouser la victime. Si la victime est de rang plus élevé, elle hérite de ses biens. Dans les deux cas, il y a châtiment corporel. ».

Mais le plus beau trésor de Lauzerte se trouve bien à l’abris dans le bureau du maire : un trésor de pièces héritées de l’époque gauloise qui ont été datées du Iᵉʳ siècle avant Jésus-Christ. Il compte plus de 200 pièces « à la croix », à tête cubiste aux dauphins ou à tête triangulaire.
Pour prolonger ton voyage, n’hésite pas à écouter le dernier épisode de la France Baladeuse, à la découverte de Lauzerte et de Montaigu-de-Quercy.
Ce reportage a été réalisé en collaboration avec l’office de tourisme du Pays de Serres en Quercy. N’hésite pas à visiter leur site internet qui réunit des centaines d’idées et de conseils pour explorer le Quercy en autonomie.


