Je suis de retour dans la Vallée de Lot, pour continuer mon échappée à la découverte de ce territoire où l’art se conjugue avec la nature.
Si je te disais que dans les entrailles des Causses du Quercy, se cache un animal mystérieux, disparu depuis des millions d’années. Et qu’un artiste lui redonne vie dans le jardin de sa maison à Bouziès.
Cette créature s’appelle le Cadurcotherium et nous raconte une histoire incroyable qui nous mènera au fond du gouffre des Phosphatières du Cloup d’Aural, porte d’entrée vers un univers insoupçonné, oublié de tous durant des années.
Frédéric, un véritable passionné de sciences et d’histoire, sera mon guide durant cette aventure à travers le temps. Puis une fois remonté à la surface, je poursuivrais mon voyage à la rencontre de Patrick, un sculpteur autodidacte et inclassable, capable de transformer le métal en animal monumental.

Plongée dans les phosphatières avec Frédéric
Frédéric a vécu une enfance urbaine et s’est toujours senti en décalage avec la ville. Il passait beaucoup de temps au Jardin des Plantes à Toulouse, préférant les documentaires et les chaînes de découverte à tout autre programme télévisé. Son intérêt pour l’histoire, la géographie et les sciences s’est développé très tôt, renforcé plus tard par des voyages autour de la Méditerranée.
Frédéric a découvert les phosphatières en 1999, lors d’un week-end avec sa femme et un groupe d’étudiants. À cette époque, le site n’était pas du tout aménagé “C’était vraiment brut, avec de l’herbe haute un peu partout, et puis on a serpenté dans un chemin au milieu des broussailles pour arriver au-dessus du gouffre”.

Les phosphatières du Cloup d’Aural sont situées au cœur d’une forêt du parc naturel régional des Causses du Quercy. Frédéric me conduit jusqu’à un petit wagonnet, vestige de l’exploitation minière menée ici au XIXᵉ siècle. Cette activité, assez brève, visait à extraire un minerai riche en phosphate : la phosphorite, utilisée ensuite pour fabriquer de l’engrais.
La première phosphatière a été découverte en 1865 par Jean-André Poumarède, chimiste, médecin et pharmacien. Lors d’une promenade chez son beau-frère Achille, près de Caylus, il avait observé un champ de blé particulièrement vigoureux. Comprenant que cette vigueur provenait de la phosphorite présente dans le sol, il avait mis au jour ce qui allait devenir une richesse minérale majeure du territoire.

Les premières fouilles ont révélé des découvertes étonnantes : des fossiles, dont un tibia de rhinocéros datant de la période située entre la disparition des dinosaures et l’apparition de l’être humain. Ces fossiles, constitués à 90 % de phosphate, étaient autrefois broyés pour l’engrais, ce qui empêchait toute étude scientifique. Aujourd’hui, plus de 200 phosphatières ont été explorées, révélant des millions de fossiles.
Les phosphatières exploitées s’étendent entre la rivière Lot au nord et les gorges de l’Aveyron au sud. Elles sont étroitement liées à l’histoire des Causses du Quercy, un territoire composé de calcaire formé au Jurassique. À cette époque, l’Europe ressemblait à un archipel d’îles tropicales comparable aux Bahamas : plages blanches, eaux turquoise et ciel azur.
Au point le plus bas, 21 mètres sous la surface, se trouve un squelette presque complet : mâchoire supérieure et inférieure, colonne vertébrale, pattes avant et arrière, et trois gros orteils. Au XIXᵉ siècle, il a été baptisé le Cadurcotherium, la « bête sauvage de Cahors ». À ses côtés, d’autres fossiles témoignent de la présence passée de carnivores proches du lion ou encore de tortues terrestres.

Quand les fossiles reprennent vie avec Patrick
Il est temps de quitter le causse pour rejoindre la rivière du Lot. En empruntant le chemin de halage depuis Saint Cirq Lapopie, on atteint Bouziès après une heure et demi de marche. C’est dans ce petit village très typique que vivent Patrick et Manuella.
Patrick a toujours été manuel, avec ce besoin continuel de toucher la matière et de créer des objets. Après l’école hôtelière, il devient cuisinier de formation, mais ce métier ne lui plaît pas vraiment. Il commence alors à fabriquer des masques puis finit par s’inscrire comme artisan d’art. Il peint alors sur verre, sur cristal et sur porcelaine, avec une laque qui rappelle les pâtes de verre des années 30.

À côté de cette production artisanale, il développe aussi une production plus artistique. Il commence à créer des personnages, des lutins, des elfes, des pièces qui marchent très bien. Mais au bout d’un moment, il se rend compte que cette production artisanale l’épuise et du jour au lendemain, il bascule entièrement vers la création artistique.
Nous sommes dans le jardin de sa maison, peuplés d’animaux monumentaux : un rhinocéros, un ptérosaure et un Cadurcotherium. Ces œuvres forment la deuxième phase d’une commande du parc naturel régional des Causses du Quercy, qui avait sollicité plusieurs villages pour identifier les fossiles découverts localement.

Pour créer ces pièces au format XXL, il commence par tracer un contour, avant de lui donner du volume. Il affine ensuite le squelette puis crée les formes du corps du fer à béton. Il consolide ensuite l’intérieur avant de donner les volumes définitifs : arrondir le cou, former le poitrail, créer un quadrillage et donner vie à l’animal
La phase de recherche est essentielle à son travail. Sans elle, il n’est pas certain de poursuivre ce métier. Il a besoin de faire des choses différentes, de trouver de nouveaux matériaux. Ce qui lui plaît, c’est détourner, expérimenter, chercher des idées. Dès qu’il est plongé dans une pièce, elle occupe toutes ses pensées, de jour comme de nuit, jusqu’à ce qu’il la termine.
Pour aller plus loin
Ainsi s’achève mon échappée entre Cahors, la vallée du Lot et le causse du Quercy. Je te donne rendez-vous sur mon blog pour prolonger le voyage et découvrir mes idées d’itinéraires et quelques bonnes adresses où manger et passer la nuit.
Les sculptures de Patrick sont à découvrir dans les villages du Parc Naturel Régional des Causses du Quercy et très bientôt à Cahors, où il installera son fameux Cadurcotherium, emblème de la ville. N’hésite pas à visiter sa page Instagram pour en savoir plus sur son travail.
Je te recommande également de visiter les phosphatières du Cloup d’Aural, un site majestueux situé à deux pas du petit village de Bach. Les fossiles retrouvés sur cet ancien site minier racontent l’histoire de l’évolution de la faune, des paysages et du climat du Quercy sur près de 30 millions d’années.
- Pour visiter le site du sculpteur Patrick Médéric
- Pour préparer ta visite aux phosphatières du Cloup d’Aural
- En savoir plus sur le projet Un Village Un Fossile
Ce podcast a été réalisé en collaboration avec l’office de tourisme Cahors Vallée du Lot , n’hésite pas à visiter leur site www.cahorsvalleedulot.com. Tu y trouveras de nombreuses ressources pour organiser ton séjour dans la région.
C’est la fin de mes échappées ferroviaires en Occitanie, une série audio à retrouver sur toutes les plateformes d’écoute et sur Radio Clapas


