Ce matin, jâai quittĂ© le soleil de Copenhague en direction de Stockholm. Six heures de train Ă bord du SnĂ€lltĂ„get, et une traversĂ©e magique du cĂ©lĂšbre pont de lâĂresund. Pendant 16 kilomĂštres, le train semble glisser au-dessus de la mer, en direction de Malmö. Franchement, qui a encore besoin de prendre lâavion avec un trajet pareil ?
Un billet de train pour la SuĂšde
Sur ma gauche dans le sens de la marche se dessine la Turning Torso, cette tour torsadĂ©e ultra-futuriste signĂ©e Santiago Calatrava. Je suis toujours impressionnĂ© par cette capacitĂ© quâa la Scandinavie Ă mĂȘler nature et design, mer et architecture.
Puis vient lâarrivĂ©e en gare de Stockholm. Et lĂ , choc thermique : on passe brutalement du printemps danois Ă un hiver suĂ©dois bien installĂ©. Tout est blanc. Lâair pique. En moins dâune heure, mes doigts sont gelĂ©s malgrĂ© les gants.

Heureusement, il y a toujours lâheure sacrĂ©e de la fika pour se rĂ©chauffer. Un cafĂ© cosy, un thĂ© brĂ»lant, et un dĂ©licieux Kardemummabullar, ce petit pain suĂ©dois parfumĂ© Ă la cardamome. Un vrai bonheur. Ce jour-lĂ , je me suis arrĂȘtĂ© dans un petit cafĂ© vintage nichĂ© au cĆur de Gamla Stan : MĂ€ster OlofsgĂ„rden. CanapĂ©s des annĂ©es 1930, ambiance de maison de poupĂ©e⊠un refuge pour fuir la fin de lâhiver.
Mais si jâĂ©tais Ă Stockholm ce jour-lĂ , ce nâĂ©tait pas uniquement pour les brioches. Jâavais rendez-vous avec SĂ©bastien Boudet, un Français installĂ© en SuĂšde depuis plus de 20 ans, qui a fait de la boulangerie un vĂ©ritable art de vivre.
Rencontre avec Sébastien Boudet, boulanger engagé
SĂ©bastien, câest un personnage. Boulanger-pĂątissier de formation, il a dĂ©barquĂ© Ă Stockholm Ă 25 ans, en laissant derriĂšre lui une carriĂšre musicale. Mais il est restĂ© trĂšs crĂ©atif et Ă rĂ©ussi Ă exprimer son art Ă travers une toute autre passion : celle de la boulangerie. Il parle de pain comme dâun langage, dâun moyen dâexpression. Et il faut lâĂ©couter pour comprendre Ă quel point il voit dans chaque miche de pain une histoire Ă raconter.
Son parcours en SuĂšde nâa pas Ă©tĂ© un long fleuve tranquille. Il a commencĂ© tout en bas de lâĂ©chelle â Ă nettoyer des filets de saumon â avant de gravir les Ă©chelons. TrĂšs vite, il a ouvert sa premiĂšre boulangerie sur une petite Ăźle surnommĂ©e âLa Petite Franceâ, grĂące Ă la prĂ©sence du lycĂ©e français Saint-Louis. Il y a insufflĂ© son amour du pain français⊠tout en lâadaptant aux rĂ©alitĂ©s suĂ©doises.

Défendre le bon et le bio
Pour SĂ©bastien, faire du pain ne se limite pas Ă une recette. Câest une philosophie presque militante : circuit court, agriculture bio, farine vivante⊠Il refuse les compromis de lâindustrie. Il veut que le pain raconte une histoire, quâil nous relie Ă la terre, aux producteurs, aux saisons.
Cette vision, il la partage aussi dans ses livres. Mais pas Ă la maniĂšre dâun chef qui dicte des instructions. Non. Il invite Ă comprendre, Ă sentir, Ă tester. Ă vivre la cuisine comme un Ă©change, pas comme une performance.
Pendant notre Ă©change, on a beaucoup parlĂ© de culture, de transmission, de douceur. Il mâa recommandĂ© de goĂ»ter un bon kanelbulle (cette brioche Ă la cannelle quâon retrouve partout ici), au moment de la fika, bien sĂ»r. Parce que la fika, ce nâest pas juste une pause. Câest presque un rituel national, un moment suspendu, oĂč le temps sâadoucit autour dâun cafĂ©.



