Quand ton train vers la Suisse est annulé
Nous sommes un matin du mois de mars, mon voyage en train vers l’Europe du nord dĂ©but demain. Tout est prĂȘt : appareil photo, micro, guide de la NorvĂšge, bouquin sur les trains⊠Ne manque plus que mon billet de train Ă tĂ©lĂ©charger. Mais alors que je boucle mon sac, mon tĂ©lĂ©phone vibre :
« Bonjour ! Votre TGV INOUI 6030 est annulĂ©, en raison d’un mouvement de grĂšveâŠÂ »
SĂ©rieusement ?! Impossible de trouver une alternative en direct pour rejoindre l’Alsace, tout est complet⊠La galĂšre commence. Finalement, aprĂšs une matinĂ©e de casse-tĂȘte logistique, mon itinĂ©raire prend des allures dâexpĂ©dition : un tramway Ă lâaube, un flixbus jusquâĂ Lyon, un TGV pour Dijon, un TER jusqu’Ă Mulhouse et enfin un dernier TER vers BĂąle.
Escale Ă BĂąle en attendant l’ĂBB Nightjet
19h, enfin le dernier train pour la Suisse ! Un vieux de la vieille avec ses voitures Corail Ă lâancienne. SiĂšge gris vert avec rideau en tissu vert, tu vois le genre. Toute une Ă©poque, celle oĂč je montais Ă Lyon le dimanche, en 4h40.
BĂąle câest la ville du jazz, de lâart contemporain et de la weed. Enfin ça câĂ©tait avant ! Quand jâĂ©tais adolescent⊠aujourd’hui je la regarde autrement ! Ce que j’aime Ă BĂąle, ce sont les baignades dans le Rhin lâĂ©tĂ©. Mais lĂ Ă©videmment, nous sommes Ă la fin de lâhiver, il fait trop froid pour se jeter Ă lâeau. Je me console avec les fontaines, l’autre curiositĂ© de la ville ! Elles sont tellement insolites et toujours trĂšs colorĂ©es, comme la cĂ©lĂšbre Sevogel-Brunnen, dans la altstadt.

Je suis sur le parvis de la gare de BĂąle. A cĂŽtĂ© de moi, il y a des vendeurs Ă la sauvette qui proposent aux voyageurs des sandwichs, des paquets de chips, des bouteilles dâeau. Le hall principal se loge dans un immense bĂątiment de style nĂ©o baroque. Câest trĂšs impressionnant.
Il est 20 heures, et Ă cette heure-ci la gare est une vĂ©ritable fourmiliĂšre. Ăa roule de la valise dans tous les sens. Pour rejoindre le quai, il faut grimper au sommet dâun immense escalator. Je crois que notre train arrive. Câest lâOBB Nightjet NJ409 dĂ©part 21h13, arrivĂ©e 7 heures du matâ
La cabine est assez exiguĂ«, il y a 6 couchettes. Alors pour l’instant, on est seuls. On a choisi les couchettes du haut pour avoir plus de place en hauteur. Il y a un petit kit avec le masque, les boules quies, une bouteille dâeau.

Rencontre avec Anissa, jeune française installée à Berlin
Un cafĂ© sur Boxhagener Platz, puis direction Kreuzberg. Je saute dans le U3 jusquâĂ Kotti, quartier autrefois dominĂ© par les gangs des 36 Boys. Aujourdâhui, câest un mĂ©lange fascinant entre passĂ© populaire et hype berlinoise.
Sur les rives du Landwehrkanal, je retrouve Anissa, une Franco-Allemande installée à Berlin depuis six ans. Elle est travailleuse sociale et elle anime le podcast HomoSwipiens.
« J’Ă©tais nulle en allemand alors que c’Ă©tait censĂ© ĂȘtre ma langue maternelle. Jâai fait un Erasmus Ă Heidelberg, et ça a Ă©tĂ© un dĂ©clic. Aujourdâhui, je bosse en allemand dans un centre dâurgence pour rĂ©fugiĂ©s. Un job exigeant, mais oĂč lâon se bat avec peu de moyens. On vit dans une sociĂ©tĂ© oĂč il faut toujours avancer, mais on sâĂ©puise… »
Anissa me raconte aussi son attachement profond Ă Berlin et aux rives du canal qui ont pour elle une signfication toute particuliĂšre.
« Il y a quinze ans, je me suis assise ici et je me suis dit : un jour, je vivrai Ă Berlin. Et jâai fini par atterrir ici, un peu par hasard. CâĂ©tait Ă©crit. »

Une ville entre liberté et gentrification
Berlin, câest la libertĂ©. MĂȘme si elle se gentrifie depuis des annĂ©es, elle garde un esprit unique. Ce que jâaime ici, câest que les initiatives ne sont pas institutionnalisĂ©es comme Ă Paris. Si tu veux monter un projet artistique, tu peux. Parfois, il suffit dâenvoyer un message Facebook, et hop, tu exposes ton travail dans un lieu cool. Mais Berlin est aussi une ville en mutation.
Beaucoup dâendroits alternatifs ferment pour laisser place Ă des lieux plus commerciaux. Le Berghain, câĂ©tait un espace politique avant, maintenant câest juste un business. Heureusement, des endroits comme le MenschMeier perpĂ©tuent une autre vision de la fĂȘte, plus engagĂ©e.
Berlin change, mais pour beaucoup de berlinois, son énergie reste intacte.
Sylvain : le théùtre comme ancrage
Anissa mâemmĂšne rencontrer Sylvain, son professeur de théùtre.
Je viens dâun petit village des Monts du Lyonnais. Ă 21 ans, jâai dĂ©barquĂ© Ă Berlin pour dĂ©couvrir sa scĂšne théùtrale. Chaque hiver, je veux partir, mais chaque Ă©tĂ©, je me rappelle pourquoi je reste. Berlin, câest un piĂšge. Un beau piĂšge.
Avec son collectif Zukunst, Sylvain encourage ses Ă©lĂšves Ă crĂ©er leurs propres piĂšces en participant Ă un atelier d’Ă©criture scĂ©nique.
Un jour, toutes les participantes ont voulu Ă©crire une piĂšce fĂ©ministe. Je me suis mis en retrait sur le contenu, je voulais Ă©viter le schĂ©ma du metteur en scĂšne qui impose sa vision. Cette piĂšce a Ă©tĂ© une rĂ©vĂ©lation, mĂȘme si la dynamique de groupe nâĂ©tait pas toujours Ă©vidente.
Berlin attire, Berlin transforme. Ceux qui y passent en ressortent rarement indemnes.
En route vers la suite…
AprĂšs cette immersion berlinoise, mon train mâattend dĂ©jĂ pour la prochaine Ă©tape. Prochain arrĂȘt : lâextrĂȘme nord, toujours plus loin vers TromsĂž. Dans le prochain Ă©pisode, nous ferons escale Ă Hambourg et Copenhague.
đ Ă suivre dans le prochain Ă©pisode !


