AprĂšs avoir croisĂ© la route d’Anissa Ă Berlin, jâai poursuivi mon pĂ©riple vers le nord. Cette fois, direction Copenhague. Avant de rejoindre la Sandinavie pĂŽur le toute premiĂšre fois, j’ai fait une escale Ă Hambourg, pour quelques jours.
Escale Ă Hambourg, sous la pluie
Je crois que je nâai jamais vu Hambourg autrement que sous la pluie. Comment aborder cette ville immense, cette citĂ© portuaire aux cieux terribles, comme lâĂ©crivait Siegfried Lenz, le plus cĂ©lĂšbre des auteurs hambourgeois contemporains.
Par ses quais Ă©videmment, envahis de badauds et dĂ©sormais dominĂ© par lâincroyable philharmonie de lâElbe qui offre, par temps clair (ce qui arrive rarement) un formidable panorama sur Hambourg.
Nous avons traversĂ© les quais et passerelles de la Speicherstadt au pas de course. Nous nous sommes rĂ©fugiĂ©s dans un cafĂ© chic sur lâElbepromenade. Dire que lâĂ©tĂ© ici, on improvise des beachclubs avec transats et musique house. On est bien loin du compteâŠ
Pour combattre le froid, nous embarquons Ă bord du bateau bus 62, celui qui remonte lâElbe. On se croit Ă la mer, pourtant elle est Ă plus de 100 km. Au-delĂ du port et des conteneurs, les beaux quartiers dĂ©filent : Altona, la plage de la perle, Finkenwerder. Le soleil est enfin de la partie, quelques minutes avant de se coucher, il illumine le ciel de Hambourg en mode redemption. Vous mâavez vu, maintenant filez plus au nord !

Découvrir Copenhague en train
Alors câest vrai, Copenhague, câest la ville du vĂ©lo, ça tout le monde le sait.
Et câest aussi la ville des viennoiseries. Si si je te jure, les danois sont les rois de la pĂąte feuilletĂ©e ! Tu nâas quâĂ aller faire un tour chez Buka, une petite boulangerie situĂ©e au numĂ©ro 18 de Store Kongensgade, en plein cĆur de Copenhague.
Câest dans un petit immeuble cossu, Ă deux pas de lĂ , que jâai posĂ© des valises pour cette nouvelle escale sur la route de la NorvĂšge.
Bon alors évidemment, à Copenhague, il y a le fabuleux quai de Nyhavn avec ses maisons de marchands colorées. Et il y a bien sûr Hans Christian Andersen, qui a vécu dans 3 des maisons de Nyhavn, rien que ça. Et qui a donné son nom au quartier de Christianshavn, que tu connais aussi sous le nom de petite Amsterdam.

Mais ce nâest pas tout Ă fait cette histoire que je vais te raconter car aujourdâhui, jâai rendez-vous avec Vincent, un français passionnĂ© par la culture scandinave, qui vit Ă Copenhague depuis plusieurs annĂ©es.
Et il mâa proposĂ© de mâemmener dans un endroit assez insolite : Absalon Church, une ancienne Ă©glise transformĂ©e en centre culturel, qui se situe dans le quartier de Vesterbro.
Rencontre avec Vincent, un francais installé à Copenhague
Avant de poser ses valises Ă Copenhague, Vincent avait dĂ©jĂ vĂ©cu Ă Helsinki, Ă Stockholm, et mĂȘme Ă Guedbord en SuĂšde. Depuis lâadolescence, il cultive une vĂ©ritable fascination pour la Scandinavie. Il me raconte quâĂ 12 ans, il est parti seul en colonie de vacances, sans connaĂźtre personne, pour un road trip dâun mois Ă travers le Danemark, la NorvĂšge, la SuĂšde et un peu de Finlande. Un voyage fondateur, oĂč il a eu ce quâil appelle un « coup de cĆur » pour les paysages norvĂ©giens, mais aussi pour cette sensation dâapaisement quâil a ressentie en ville comme Ă la campagne. Depuis, cet amour pour le nord ne lâa jamais quittĂ©.

Je lui demande ce qui rend cette rĂ©gion si spĂ©ciale, ce quâon entend vraiment par « art de vivre Ă la scandinave ». Bien sĂ»r, on pense souvent au fameux modĂšle social nordique, la flexisĂ©curitĂ©, mais pour Vincent, câest bien plus que ça. Il me parle de Copenhague comme dâune ville parfaitement Ă©quilibrĂ©e. Pas trop grande, pas trop petite. Riche en culture, mais pas Ă©touffante. Ce qui le sĂ©duit particuliĂšrement, câest cette libertĂ© dâaller nager ou surfer dans la mer Ă la pause dĂ©jeuner, lâĂ©tĂ©. Il emporte son maillot et sa serviette le matin en allant bosser Ă vĂ©lo, et en 15 minutes, il est dans lâeau. Peu de villes en Europe permettent ce genre de luxe au quotidien.
Un autre point fort de la vie danoise selon lui : lâomniprĂ©sence de lâanglais, qui facilite lâintĂ©gration, mĂȘme si, il le prĂ©cise, ce nâest pas forcĂ©ment Ă©vident de se faire une vraie place dans la sociĂ©tĂ© danoise. En Scandinavie, les amitiĂ©s se forment trĂšs tĂŽt, souvent Ă lâĂ©cole ou Ă la crĂšche, et ces liens durent toute la vie. Les cercles sociaux sont donc assez fermĂ©s, ce qui rend lâinclusion des expatriĂ©s plus complexe.
- Envie d’en savoir plus sur Vincent ? Rendez-vous sur son mĂ©dia L’Instant Nordique.
Une passion pour la patisserie danoise
Mais Vincent a trouvĂ© dâautres moyens de tisser des liens. Et parfois, ça passe par la pĂątisserie ! On parle Ă©videmment du fameux roulĂ© Ă la cannelle â mĂȘme si, mâapprend-il, ce nâest pas une spĂ©cialitĂ© danoise, mais bien suĂ©doise. Lui prĂ©fĂšre les versions Ă la cardamome, avec une brioche plus douce. Il me raconte que cette viennoiserie est devenue emblĂ©matique dans tout le Nord grĂące au roi de SuĂšde, qui lâavait dĂ©couverte via les routes dâĂ©pices et a voulu la retrouver dans chaque ville du royaume. Aujourdâhui, câest un incontournable.
Et puis il y a cette expression danoise qui me fait trĂ©bucher : RĂždgrĂžd med flĂžde. Un dessert local, une sorte de porridge Ă la crĂšme. Câest aussi un petit jeu auquel les Danois aiment soumettre les Ă©trangers : nous faire essayer de prononcer ces mots imprononçables, pleins de Ăž et de r roulĂ©s. Ils le font toujours avec un sourire, et un peu de bienveillance moqueuse. Je mây essaie. Ce nâest pas fameux, mais jâai bon espoir de mâamĂ©liorer.
On parle aussi gastronomioe, forcĂ©ment. Vincent nâest pas ce quâil appelle un « foodie », mais il est clairement un gourmet. Ce quâil aime ici, câest cette attention portĂ©e Ă lâĂ©cologie, jusque dans lâassiette. Les restaurants ont toujours des options vĂ©gĂ©tariennes. On sent une volontĂ© de rĂ©duire lâempreinte carbone, mais sans jamais que ce soit contraignant. MĂȘme si, au quotidien, la cuisine danoise nâest pas incroyable (beaucoup dâimportations, peu de variĂ©tĂ©), les restaurants misent sur la qualitĂ©, lâesthĂ©tique, et le respect du produit. Câest dâailleurs Ă Copenhague quâon trouve trois des cinq meilleurs restaurants au monde, dont le cĂ©lĂšbre Noma.
Un autre emblĂšme de la ville, câest bien sĂ»r le vĂ©lo. Il y en a partout. LittĂ©ralement. Il y a plus de vĂ©los que dâhabitants Ă Copenhague. Câest un marqueur social, mais aussi un grand Ă©galisateur. Que lâon soit cadre ou ouvrier, tout le monde pĂ©dale dans les rues. Pour Vincent, câest dĂ©sormais inconcevable de vivre dans une ville qui ne privilĂ©gie pas le vĂ©lo : la praticitĂ©, la sĂ©curitĂ©, la libertĂ© que ça offre sont devenues essentielles pour lui.
DĂ©couvrir l’Absalon Church Ă Vestebro
Pour notre rencontre, Vincent mâa donnĂ© rendez-vous dans un lieu un peu Ă part : lâAbsalon Church, dans le quartier rĂ©habilitĂ© de Vesterbro. Cette ancienne Ă©glise a Ă©tĂ© transformĂ©e en un lieu communautaire par le fondateur de la marque Flying Tiger. On y trouve des cours de yoga, des ateliers de cuisine, des meet-ups. Et chaque soir Ă 18h pile (prĂ©cision danoise oblige), un dĂźner communautaire est servi sur de longues tablĂ©es. On sâinstalle Ă cĂŽtĂ© dâinconnus. Les conversations commencent. Les cultures se mĂȘlent. Câest vivant, inclusif, chaleureux. Exactement ce que Vincent aime dans Copenhague.
Sur le chemin qui mĂšne Ă l’Ă©glise, il me raconte quâil apprĂ©cie particuliĂšrement cette dualitĂ© des saisons. Lâhiver, tout le monde reste chez soi, dans une ambiance « hygge », cocooning, feu de cheminĂ©e et bouquin. Puis au retour des beaux jours, câest tout lâinverse : les gens envahissent les parcs, les plages, les rues. Le rythme de la ville change complĂštement. En hiver, la nuit tombe Ă 15h. En Ă©tĂ©, Ă 23h. Le contraste est total.


